osmetic ingredient transparency: scanning a product with the Yuka app

Scanner un produit avec son téléphone avant de le poser dans son panier : le geste, impensable il y a dix ans, est devenu banal dans les rayons cosmétiques français. Cette exigence nouvelle, la transparence des ingrédients cosmétiques, porte aujourd’hui un nom précis dans l’esprit du grand public : l’effet Yuka. Elle change durablement la façon dont une marque doit penser ses produits et ses fiches en ligne.

Un phénomène devenu massif

L’application Yuka a franchi la barre des 80 millions d’utilisateurs fin décembre 2025. Sa force reste très ancrée dans son pays d’origine : une personne sur trois en France l’utilise déjà. Sa base de données recense aujourd’hui plus de 2 millions de produits cosmétiques, en plus des produits alimentaires qui ont fait son succès initial.

L’application n’a pourtant pas démarré sur la cosmétique : lancée en 2017 pour scanner l’alimentaire, la fonctionnalité beauté n’est arrivée qu’en 2018, à la demande des utilisatrices elles-mêmes. Le principe reste inchangé depuis : chaque ingrédient d’une formule reçoit un niveau de risque basé sur la littérature scientifique disponible, pour aboutir à une note globale sur 100, affichée avec un code couleur type feu tricolore.

Une méthode de plus en plus contestée par les experts

Le succès de l’application s’accompagne d’une contestation croissante de la part de chimistes cosmétiques. Le reproche principal porte sur un point technique précis : Yuka évalue chaque ingrédient isolément, sans tenir compte de sa concentration réelle dans la formule. Comme l’a résumé la chimiste cosmétique Jane Tsui, la notation « n’a pas de sens, parce qu’elle ne prend pas en compte le pourcentage de l’ingrédient dans la formule ». Or les marques ne sont pas tenues de publier ces pourcentages, ce qui rend l’exercice de notation par nature approximatif.

D’autres critiques pointent une forme de « sur-simplification » : des ingrédients légalement autorisés, présents en quantités infimes et non dangereuses, se retrouvent parfois qualifiés de « perturbateurs endocriniens » ou de « cancérigènes » sur la base de corrélations lointaines plutôt que d’une évaluation toxicologique équilibrée. Yuka n’est pas une autorité réglementaire, et sa notation ne prétend d’ailleurs pas se substituer à celle des agences sanitaires.

Le socle réglementaire de la transparence des ingrédients cosmétiques

Cette transparence n’existerait pas sans un cadre légal précis : le règlement européen sur les produits cosmétiques (CE n° 1223/2009) impose depuis longtemps l’affichage de la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) sur chaque emballage. C’est cette liste, publique et normalisée, que des applications comme Yuka exploitent pour construire leurs scores. La transparence n’est donc pas née avec l’application : elle était déjà une obligation légale, Yuka en a simplement fait un objet de consommation courante et un critère d’achat immédiat, au rayon comme en ligne.

Liste INCI sur un emballage, illustration de la transparence des ingrédients cosmétiques
Photo d’une liste INCI (liste d’ingrédients) au dos d’un emballage cosmétique

Ce que ça change pour une marque

Sur une fiche produit, qu’elle soit vendue en pharmacie, en magasin ou sur une marketplace comme Amazon, la composition n’est plus une mention légale que personne ne lit : la transparence des ingrédients cosmétiques est devenue un argument de vente à part entière, aussi scruté que le prix ou les avis clients. Trois réflexes deviennent incontournables :

  • Anticiper la lecture Yuka de sa propre gamme, produit par produit, plutôt que de la découvrir via les retours clients.
  • Documenter ses choix de formulation dans la fiche produit elle-même (pourquoi tel actif, à quelle dose, pour quel bénéfice), pour reprendre la main sur un narratif que l’application simplifie à l’extrême.
  • Ne pas céder à la tentation du reformulage réactif : retirer un ingrédient uniquement parce qu’il fait baisser une note, sans réévaluation scientifique complète, peut dégrader l’efficacité réelle du produit.

Mon avis

Ayant passé plusieurs années à construire des fiches produit pour une marque de cosmétique coréenne où la culture de la transparence sur les actifs est déjà très poussée (voir notre article sur l’essor de la K-Beauty), je vois l’effet Yuka comme un accélérateur plutôt qu’une menace : il pousse l’ensemble du secteur vers une exigence que les meilleures marques pratiquaient déjà. La vigilance doit surtout porter sur l’usage qu’en font les consommatrices : une note sur 100 donne un repère utile, elle ne remplace ni un avis dermatologique, ni une lecture nuancée d’une formule dans son ensemble.

Agathe Blaise

Sources : The rise of the Gen-Z-loved Yuka app – Glossy, As Yuka Gains Millions Of Users, Beauty Industry Insiders Question The Veracity Of Its Product Ratings – Beauty Independent, Cosmetic Chemists Break Down the Yuka App Trend – Hypebae.